Certains d’entre vous se demandent peut-être pourquoi un livre est encore nécessaire.
La question est légitime.
Après tout, durant mon voyage à vélo sur les traces de Papy Jean, j’ai partagé chaque jour sur les réseaux sociaux ce que je vivais en chemin. Vous pédaliez presque avec moi, installés sur mon porte-bagages. Chaque soir apportait son nouveau récit. Tantôt écrit dans une chambre d’hôtel, tantôt à la terrasse d’un café, tantôt sous la toile d’une tente.
Vous avez suivi la quête de Papy Jean presque en temps réel.
Vous avez vu apparaître les photos. Lu le récit des rencontres qui ont jalonné la route. Suivi les détours inattendus de l’enquête. Partagé mon enthousiasme lorsqu’une nouvelle piste surgissait et ma frustration lorsqu’un indice prometteur débouchait, une fois encore, sur une impasse.
On pourrait donc croire que l’histoire a déjà été racontée.
Que ce livre ne sera qu’un assemblage de textes que vous connaissez déjà.
Pourtant, en l’écrivant, j’ai découvert que les récits publiés en route n’étaient en réalité que des instantanés.
À vélo, nous ne voyons que la portion de route qui s’ouvre devant notre roue avant. Ce n’est qu’une fois rentrés que nous comprenons comment tous les chemins se rejoignaient.
C’est exactement ce qui s’est passé lorsque j’ai commencé ce livre.
Car, sur la route, j’écrivais ce que je voyais.
Aujourd’hui, j’écris ce que cela signifiait.
À l’époque, j’étais surtout occupé à avancer. À rejoindre l’étape suivante. À préparer la prochaine rencontre. À trouver la réponse à la question qui m’accompagnait depuis le premier jour.
Ce n’est que bien plus tard que j’ai commencé à comprendre les émotions cachées derrière ces récits quotidiens. Combien certaines rencontres m’avaient marqué davantage que je ne l’avais perçu sur le moment. Comment certaines coïncidences paraissent aujourd’hui presque invraisemblables. Comment la recherche d’un homme est devenue peu à peu une histoire de famille, de mémoire, de perte, d’origine et de cette étrange manière qu’a le passé de continuer à habiter le présent.
Il y a aussi autre chose.
Les réseaux sociaux capturent un moment.
Un livre permet de s’y arrêter.
De raconter les conversations dans leur intégralité plutôt que de les résumer. D’approfondir les observations. De mettre des mots sur des émotions qui, sur le moment, n’en avaient pas encore. De relier des éléments dont je ne percevais pas encore les liens pendant ces dix-neuf jours de vélo.
Et soyons honnêtes : certains épisodes n’ont tout simplement jamais franchi le filtre de mon propre comité de rédaction.
Parfois parce qu’une publication aurait été beaucoup trop longue. Parfois parce que je ne savais pas encore comment raconter ce que je vivais. Parfois, tout simplement, parce qu’après une longue journée à pédaler, j’étais trop fatigué pour écrire.
Le résultat, c’est que ce livre contient des scènes, des conversations, des observations et des récits qui n’ont jamais été publiés sur les réseaux sociaux.
Non pas parce qu’ils étaient moins importants.
Bien au contraire.
Ce sont souvent eux qui m’ont le plus profondément touché.
Oui, il y a donc dans ces pages des passages que vous n’avez jamais lus. Des histoires qui ne sont jamais apparues en ligne. Des détails restés à l’état de notes dans un carnet. Des fragments que je m’étais promis d’écrire « un jour ».
Ce jour est arrivé.
Et ce qui m’a le plus surpris pendant l’écriture, c’est de découvrir moi-même tout ce qui se cachait encore derrière ces publications que je croyais connaître par cœur. Comme si les réseaux sociaux n’avaient montré que la bande-annonce, tandis que le film complet attendait patiemment son heure.
Alors, à ceux qui se demandent si le livre réserve encore des surprises, la réponse est simple : absolument.
Ne le considérez pas comme une compilation de textes déjà publiés.
Voyez-le plutôt comme l’histoire derrière les histoires. La version intégrale. La version sans coupes. Le « director’s cut », si vous préférez.
Avec des scènes inédites, davantage de profondeur et, ici ou là, quelques passages dont je pensais autrefois qu’il valait mieux les garder pour moi.
Il faut croire qu’avec le temps, je suis devenu un peu plus courageux.
Ou peut-être simplement que cette histoire est trop belle pour continuer à être raccourcie.
